Année après année, le Gay Pride est célébré chez nous, comme ailleurs dans le monde. Le dernier en date l’a été le samedi 10 octobre, 2020. La communauté LGBT se fait accepter petit à petit par les Mauriciens. Mais, il leur reste un palier à franchir : celui de faire ouvertement leur coming-out au sein des entreprises dans lesquelles ils exercent, tout comme aux États-Unis, en Australie, au Canada, en Grande-Bretagne, en France et en Inde. Pourquoi pas dans nos entreprises locales ?

Jean-Claude Dedans

Il y a quelques années, parler de LGBT (Lesbienne-Gay-Bisexuel-Trans) était considéré comme une tare, voire comme une peste. Les bien-pensants avaient toujours la préséance et considéraient cette petite communauté comme des ratés, des ‘plouks’, des ‘gouines’, des…

Puis, les mentalités ont commencé à changer pour le mieux, quoi qu’elles soient toujours tenaces chez certains pense-petits. Est-ce par manque d’informations, par croyance religieuse, par mesquinerie, par mépris, par le raccourci qui veut que seuls les hétéros soient ‘sexuellement normaux’ ?

Depuis quelque temps se sont engagés des débats, notamment en France et aux États-Unis, sur la présence d’employés appartenant à la communauté LGBT dans certaines multinationales. Celles-ci ont fait de ce que beaucoup considèrent comme une « dérive sexuelle » leur cheval de bataille en demandant à leurs employés qui se catégorisent LGBT de faire, sur une base volontaire, leur coming-out auprès de leurs collègues et de la direction.

C’est ainsi que l’on a vu des grosses pointures comme Axa, Gay Ad Network, Lesbians on the Loose, Aviva, Accenture, entre autres, adopter cette charte à la maison-mère et leurs filiales à travers le monde. Ouvrant ainsi un boulevard, tout en brisant l’épaisse glace des tabous enfouis chez des sceptiques et des conservateurs patentés.

À Maurice, l’on sait que les filiales des multinationales que sont la HSBC et la Barclays, à titre d’exemple, tout comme Axa et Accenture, s’ouvrent volontiers à leurs employés qui voudraient faire leur coming-out vis-à-vis de tous leurs collègues. Toutes ces entreprises enregistrées comme Global Businesses ont fait le leur le principe de dédiaboliser ce que beaucoup pensent comme un phénomène, souvent taggué comme étant ‘anormal’. Too easy short-cut…

Qu’en est-il exactement de nos grosses pointures locales, telles les banques, les industries du textile, de la construction, les Petites et Moyennes Entreprises (PME), entre autres ? Renseignements pris, il nous revient qu’une banque commerciale très présente et connue chez nous encourage le coming-out, mais cela demeure une politique dite interne.

Si l’on prend à la lettre ce que préconise l’Equal Opportunities Act, il va sans dire que la plupart, si ce n’est toutes, nos entreprises devraient être sanctionnées pour non-respect de la loi qui fait foi. Cette législation fait mention que toute entreprise devrait avoir une Equal Opportunities Ppolicy qui inclut les personnes LGBT, ainsi considérer et encourager les employés LGBT à vivre pleinement leurs tendances sexuelles sans demi-mesure.

 Or, que constatons-nous ? La direction des entreprises marche sur des œufs, de peur de braquer les clients hétérosexuels, les vieux briscards, les pieux… Ce que ceux-là ne savent pas, c’est qu’en ce faisant, ils marginalisent, pénalisent et ostracisent entre 5 % et 15 % de notre population. Ce n’est pas rien ! Ce ratio est valable de par le monde.

Qu’ont-ils fait de mal ? Vivre leur vie de LGBT ? And so what ? Il ne faut pas qu’ils se sentent inférieurs, car ce sont des gens attentionnés, gentils et avenants. Contrairement à certains qui se proclament ‘normaux’, sexuellement parlant.

Hotels ‘gay friendly

Selon Najeeb, gay affirmé, « il y a des établissements à Maurice qui sont ‘Gay friendly’ et qui font de la promotion afin d’attirer cette catégorie de clientèle ». Ici, on note que Mystik Life Style à Mont Choisy et Le Touesrok dans l’Est sont les hôtels arborant officiellement le label LGBT.

Cela ne suscite-t-il pas une crainte, n’agit-il pas comme un repoussoir vis-à-vis des autres clients hétérosexuels ? « Pas du tout, au contraire, les LGBT sont de gros dépensiers. On appelle cela le ‘Pink Dollar’. Ils sont des citoyens, des consommateurs, des tax payers comme tout le monde. Alors, pourquoi nous considérer comme des parias ? » avance un Najeeb,, mais qui dit garder espoir que la mentalité de certains ne resterait pas bloquée à l’infini.

Une étude du Out Now intitulée ‘LGBT Diversity : Show Me The Business Case’ révèle que dans la plupart des entreprises qui acceptent que leurs employés fassent leur coming-out, la production de ces gens-là augmente de pas moins de 25%, du fait qu’ils se sentent partie prenante de l’entreprise, proches de leurs collègues et qu’ils ne sont pas sujets à du ‘bullying’ (intimidation, harcèlement), de cachoteries, du mépris, de niaiseries.

La question demeure : quand nos entreprises locales vont-elles briser ce tabou d’un autre temps, cette tare qui leur pend au nez, cette méconnaissance de l’autre et cet à-priori qui plombent ceux qui vivent différemment leurs tendances sexuelles ? Nous, les hétéros, ne sommes pas supérieurs. Nous sommes faits de chair et d’os, tout comme les LGBT. Alors…

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